
Le losange Renault est apparu en 1925 et figure aujourd’hui parmi les emblèmes automobiles les plus reconnaissables au monde. Cette forme géométrique simple a pourtant beaucoup changé : elle a troqué ses lignes parallèles pour la version optique signée Victor Vasarely en 1972, a porté plusieurs habillages chromés en trois dimensions, puis est revenue à un aplat épuré en 2021. Retracer cette trajectoire vous montre comment une marque préserve son identité tout en la modernisant.
Les origines du losange Renault
Avant de devenir un losange, l’emblème de Renault a cherché sa forme pendant près de vingt-cinq ans. La marque est fondée en 1898 par les frères Louis, Marcel et Fernand Renault, et son premier signe distinctif tient d’abord du monogramme avant de gagner la calandre des voitures.
Des initiales entrelacées à la calandre ronde
Le tout premier emblème, en 1900, réunit les initiales entrelacées des trois frères sur un médaillon Art nouveau. En 1906, la marque adopte une voiture stylisée enfermée dans une roue dentée, puis, en 1919, un motif rond plus massif qui évoque les chars produits par Renault pendant la Première Guerre mondiale.
En 1923, l’entreprise place pour la première fois son nom directement sur la calandre. Vous obtenez alors un cercle strié portant l’inscription Renault, dont les rainures avaient une fonction bien concrète : le klaxon était logé juste derrière.

L’apparition du losange en 1925
Le cercle laisse vite place à une forme plus anguleuse, mieux adaptée aux capots en dièdre des voitures de l’époque. Le losange fait sa première apparition en 1924 sur la 40 CV, avant d’être adopté définitivement en 1925. La marque conserve les rainures horizontales de la calandre, mais les inscrit désormais dans un rhombe qui porte le nom Renault en son centre.

Adopté en 1925, le losange n'a plus jamais quitté les calandres Renault. Près d'un siècle plus tard, il reste l'un des rares emblèmes automobiles fondés sur une forme purement géométrique.
Comment le losange a-t-il évolué au fil des décennies ?
Une fois la forme fixée, Renault a fait vivre son losange au rythme des modes graphiques. En 1946, l’emblème adopte un jeu de jaune, de blanc et de noir avec un lettrage sans empattement. La version de 1959, surnommée Pointe de Diamant, affine encore le trait et gagne en élégance.
Les années 1990 et 2000 marquent l’âge du relief. Le losange se pare d’un effet chromé tridimensionnel, posé sur un fond jaune vif, avec un lettrage retravaillé par le designer Eric de Berranger à partir de 2007. C’est cette version brillante qui a longtemps orné les capots avant le grand virage de 2021.

Cette recherche de volume n’a rien d’isolée dans la distribution et l’industrie françaises. Vous retrouvez une logique proche dans l’histoire du losange Carrefour, autre forme géométrique devenue repérable en un clin d’oeil. Voici les grandes étapes du losange résumées en un coup d’oeil.
| Année | Évolution du logo |
|---|---|
| 1900 | Initiales entrelacées des trois frères Renault |
| 1923 | Calandre ronde striée portant le nom Renault |
| 1925 | Adoption définitive du losange à lignes parallèles |
| 1946 | Losange jaune, blanc et noir, lettrage sans empattement |
| 1972 | Version optique signée Victor Vasarely, sans le nom |
| 1992 | Losange chromé en relief, effet tridimensionnel |
| 2021 | Retour à un losange plat en 2D, monochrome |
La signature Vasarely, un tournant optique
L’étape la plus célèbre reste 1972. Dans le cadre de sa politique Art et Industrie lancée en 1967, Renault confie la refonte de son emblème à Victor Vasarely, considéré comme le père de l’Op art. L’artiste travaille avec son fils Yvaral et transforme le losange en un jeu de lignes parallèles qui créent une illusion de profondeur et de mouvement.

Le choix est audacieux : le nom Renault disparaît de l’emblème, qui se suffit désormais à lui-même. Vous pouvez consulter l’histoire officielle de ce losange pour mesurer à quel point cette collaboration entre un constructeur et un grand artiste a marqué le design d’entreprise.
En 1972, Renault ose retirer son propre nom de son logo. C'est le signe d'une identité visuelle assez forte pour être reconnue par sa seule forme.
Le logo Renault aujourd’hui : le retour à l’aplat
En 2021, dans le cadre de son plan stratégique Renaulution, Renault dévoile un losange entièrement repensé. Exit le chrome et le relief : l’emblème redevient une forme plate en deux dimensions, monochrome, composée de deux traits entrelacés qui se lisent aussi bien sur un écran que sur une calandre.

Ce retour à l’aplat suit une tendance de fond que vous observez chez de nombreuses marques : des formes simplifiées, pensées d’abord pour le numérique et les petits formats. Le nouvel emblème a été déployé progressivement sur la gamme, des concepts jusqu’aux modèles de série, entre 2022 et 2024. Il renoue clairement avec l’esprit graphique de la version Vasarely, tout en gagnant en sobriété.
Ce que le logo Renault nous apprend en design

L’histoire du losange est une leçon d’identité visuelle à elle seule. En un siècle, Renault a changé de style une dizaine de fois sans jamais abandonner sa forme fondatrice. Si vous construisez ou faites évoluer une marque, plusieurs principes se dégagent de ce parcours.
- La forme prime sur le décor. Le losange reste identifiable qu’il soit chromé, plat ou strié, parce que sa silhouette ne bouge pas.
- La cohérence rassure. Conserver un même signe pendant des décennies construit une mémoire visuelle que peu de campagnes publicitaires égalent.
- L’adaptabilité est vitale. Un bon emblème fonctionne en noir et blanc comme en couleur, en tout petit comme en très grand.
Ces règles ne concernent pas que les constructeurs automobiles. Vous les retrouvez dans l’évolution du logo de La Poste ou dans toute démarche sérieuse de branding. Pour les mettre en pratique sur votre propre projet, un document de référence comme une charte graphique bien construite vous aide à garder cette cohésion dans le temps.




